Bien qu'il ait composé en début de carrière des musiques totalement "pures", je veux dire sans thème mélodique, (juste pour prouver qu'il en était capable ;) ), R. a en effet écrit des musiques célèbres par leurs thèmes merveilleusement mélodiques, avec de grandes envolées violonistiques et des solos de piano brillantissimes, comme dans ce 1er mouvement du 1er concerto (extrait)

Ou ce thème de l'adagio du 2e concerto:

D'autres "airs" sont encore plus connus extraits de Vocalise (merveilleux violoncelle de Yo yo ma!) ou de ses mélodies (opus 8 et et 14)

Qu'est-ce qui caractérise donc cette mélodie?

  • Tout d'abord une ligne mélodique faite de notes conjointes, notes très proches les unes des autres, sans intervalle, comme dans une musique chantée. Notons qu'en cela il s'est largement inspiré des musiques religieuses, notamment de la musique orthodoxe (uniquement chantée).

Evidemment, le fait que ces mélodies soient simples et chantantes facilite leur mémorisation, on l'a vu avec l'adagio du 2e concerto. Autre exemple avec le premier mouvement.

  • Ces mélodies sont souvent très longues, un peu comme celles de Mendelssohn (c'est peut-être le propre des romantiques).
  • Exemple: cette phrase de plus d'une minute extraite du 2e concerto

    La recette? L'utilisation de la cadence évitée.
    Rappelons que la cadence classique dite "obligée" ou "parfaite" est conclusive sur la 1er degré (sur la tonique), Exemple:

    Elle peut l'être aussi sur le 5e degré (c'est le cas en jazz avec l'anatole). C'est cette séquence d'accords: II –>V –>I, de la cadence parfaite qui termine la chanson "j'ai du bon tabac dans ma tabatière", seule chose qu'on peut qualifier de parfaite dans ce tabac musical, (remarque d'un non fumeur). La cadence évitée (ou rompue, cf. 20 leçons, chap.9) se termine sur le 6e degré: Exemple II - V – VI

    ou plus rarement sur le 3e degré II – V - III.

    On sent bien que ces deux formes de la cadence rompue ne sont pas conclusives, et permettent donc de prolonger le thème mélodique. C'est ce que fait R., toujours dans ce premier mouvement du 2e concerto:

    Mais c'est aussi dans le traitement harmonique et orchestral de ces mélodies que R. montre son originalité et son immense talent. Non content d'exprimer les sentiments dans sa musique, il organise le mouvement de ces sentiments dans un long ruban musical qui monte, qui enfle telle une marée jusqu'à son point culminant (les anglo-saxon parlent de "climax") pour redescendre ensuite, dans un mouvement de va et vient qui ne pouvait que ravir les cinéastes. ;) Extrait du 3e concerto:

    Pour ce faire, tous les moyens sont bons.
    R. utilise par exemple la modulation chromatique. Rappelons (cf. 20 leçons, chap. 11) que la modulation chromatique est le mouvement ascendant ou descendant d'un demi ton que font tierce, sixte et septième quand on alterne ou mélange les modes majeur et mineur. Ecoutons ce dernier extrait du 3e concerto:

    Belle musique n'est-ce pas?
    Et maintenant, un petit quiz: comment s'appelle le morceau ci-dessous, et quel est l'illustre pianiste qui le joue ;) ? Tout adhérent qui répondra en commentaire de ce billet gagnera le privilège de devenir membre actif du Salon, avec tous les honneurs et droits afférents. S'il l'est déjà, il aura droit au ban(c) d'honneur sur le tapis rouge du Salon et tout et tout.
    Commentaire, ci-après ;)