Le jeune François-Xavier Roth aux manettes de l’Ensemble Intercontemporain, pour la présentation de plusieurs pièces, et une œuvre pour violoncelle solo à laquelle s’est courageusement attaqué Pierre Strauch.

L’Intercontemporain impressionnant d’aisance et de précision comme d’habitude. Je les avais vus il y a un mois dirigés par leur directrice musicale Susanna Mälkki (elle aussi jeune et par ailleurs violoncelliste) et je suis décidément de plus en plus enthousiasmé par leur jeu, leur mise en scène des Å“uvres souvent inventive et toujours très sobre, leur simplicité-professionnelle-et-sensible « en un mot ».

Donc Stravinski et Xenakis :

Un couplage assez curieux, joli sur le papier, mais le contraste entre les œuvres de ces deux personnages est tout de même très important, surtout avec la programmation de ce soir, qui comportait des pièces plutôt légères côté russe, et des pièces assez fortes voire poignantes côté grec (Xenakis fait quand-même rarement des pièces drôles).

Des Å“uvres courtes ou très courtes au programme, avec notamment les Huit Miniatures Instrumentales de Stravinski, pour 15 instruments. Il s’agit de l’orchestration (par l’auteur) d’une petite série de pièces pédagogiques pour piano, avec peu de notes (partition disponible sous le nom « Les Cinq Doigts - Huit morceaux faciles pour piano solo »). L’ensemble est léger, enlevé et m’a fait un peu penser à Pulcinella.

Le Concertino pour 12 instruments, également agréable, peut-être un peu plus anecdotique (je sais ; qui suis-je pour le dire ?). C’est en tout cas une autre retranscription, la première version ayant été écrite pour quatuor à cordes. La partie de violon est nettement concertante. Chapeau bas à Diego Tosi ; encore un jeunot remarquable (il m’a bien semblé entendre toute une partie en triples cordes qui me semblaient un rien éprouvantes, mais ça reste à vérifier sur partition).

A écouter ici :
http://www.deezer.com/fr/music/home#music/result/all/stravinsky%20concertino

Au passage, pour entendre des œuvres de tous genres, gratuitement et légalement sur Internet, Deezer.com est très intéressant.

Enfin le Concerto en mi bémol « Dumbarton Oaks », Å“uvre que j’ai trouvée vraiment intéressante, très dynamique et dont l’intérêt repose notamment d’après moi sur sa structure rythmique assez « coton ».

A écouter ici :
http://www.deezer.com/fr/music/home#music/result/all/stravinsky%20dumbarton


Côté grec, la programmation était la suivante :

Plekto, pour Piano, Violon, Violoncelle, Flûte, Clarinette en Si bémol, percussion (je les cite de gauche à droite sur scène).

Un parti pris étrange, avec une sorte de combat piano-percu (à celui qui cassera le plus de cordes ou crèvera le plus de peaux ;-) et les autres instruments qui semblent vivre leur vie à part avec une partition beaucoup plus mélodique. J’avoue être resté un peu perplexe.

« Tours, détours et enchevêtrements complexes des lignes » dit la notice, Plekto venant du grec qui signifie « tresser ». Voila c’est dit.

Nomos Alpha, pour violoncelle solo.

Madre de Dios ! « Plus bruyante que du Lachenmann » écrit un confrère auditeur-bloggeur-commentateur. Je ne sais pas si on peut dire ça comme ça, mais il est vrai que durant les 12 minutes de l’œuvre, je pense n’avoir entendu qu’un seul son « classique » du violoncelle ; en l’occurrence une corde à vide jouée forte … et violemment interrompue par un vigoureux coup de paume sur le manche. Non mais !

Beaucoup d’expérimentations sonores, rafales de pizz, déluges de glissandi, désaccordage de la corde grave (pour obtenir un son très grincé et très grave), puis ré-accordage et ainsi de suite au moins 5 ou 6 fois, passage tout en harmoniques, un vrai marathon. Pierre Strauch semblait manquer de bras et de mains, mais tout ça était remarquable. Longue ovation, bien méritée.

Je n’ai pas trouvé de vidéo pour Nomos Alpha, et c’est bien dommage. Vous pouvez néanmoins entendre l’œuvre à
http://www.deezer.com/fr/music/home#music/result/all/nomos%20alpha (version de Pierre Strauch justement).

Voici la première page de la partition, sur le site: www.iannis-xenakis.org

(Note de Jean-Armand : il faudra que Jean-Louis me dise comment on précise la dimension d'une image sur le blog)

Noter l’écriture avec une portée par corde jouée. Plusieurs passages sont joués en glissando, avec une différence micro-tonale (moins d’un quart de ton) entre les deux cordes, et même des fluctuations de ces différences ; en d’autres termes, dans le glissando, les deux doigts ne se déplacent pas à la même vitesse.

Vous verrez la note n°7 sous la partition ; le nombre de battements par seconde est indiqué (tortionnaire !), par exemple fin du système 2.

Le pizz. glissando est également pas mal utilisé (abrégé pizz-gl.)


Enfin Eonta, pour piano et cuivres (2 trompettes et 3 trombones).

Je pense l’avoir déjà dit, mais quand-même : Madre de Dios !

2 rangées de 5 sièges (une horizontale au fond de la scène, une autre en diagonale au centre et à droite du piano), le piano à gauche.

Le début de la pièce est au piano ; partition totalement épileptique, d’une grande virtuosité. Puis les 5 cuivres (installés sur les sièges du fond) entrent en action. Ils jouent debout en tournant doucement sur eux-mêmes. L’idée peut paraître simple, idiote, voire digne de l’Arthur moyen, l’effet de spatialisation et de changement de nuances obtenu n’en est pas moins superbe.

Au cours de la pièce, les cuivres utiliseront également le piano comme caisse de résonance (là aussi, très bel effet), puis iront s’installer sur les autres sièges (avec utilisation de sourdines pour renforcer encore la perception de nouveaux timbres). Ils finiront par retourner sur la rangée de sièges du fond, non sans avoir à nouveau fait vibrer le piano de toute sa carcasse (l’auteur n’a pas jugé bon de les faire jouer autour du pianiste lui-même, vu les nuances je pense que c’est plus prudent …). Les trombones exploitent bien entendu leurs possibilités de glissandi, voire micro-glissandi, avec de superbes effets lorsqu’ils se désynchronisent rythmiquement.

A propos de cette œuvre, il est précisé que pour la création, Boulez avait doublé les effectifs de cuivre, afin de leur permettre de souffler (au sens figuré), car il estimait qu’il y avait des limites à la fatigue des lèvres, et que la partition était injouable en l’état. Les solistes de l’EIC ont montré que non, et ont été récompensés par une longue ovation de leur belle performance.

Sur la partition je ne sais pas trop quoi dire, s’agissant de musique stochastique il nous faudrait parler algorithmes, équations et autres objets mathématiques qui sont largement au-delà du propos de ce modeste compte-rendu.

En voici la première page, qui présente des exemples d’écriture des glissandi de trombone :

Pour voir et écouter Eonta :

Premier, deuxième et troisième mouvements, dans l'ordre :




A bientôt à tous

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Arthur