Ariane’s Monkey Journey to the castle of Barbe-Bleue
Par Jean-Armand Moroni, mardi 9 octobre 2007 à 12:28 :: Lyrique-Opéra :: #280 :: rss
(Jean-Armand Moroni, rédacteur invité est l'auteur de cette chronique)
J’ai pris du retard pour écrire un compte-rendu sur « Ariane et Barbe-Bleue » de Dukas, que j’ai vu à Bastille lundi 1er octobre. Tant mieux, cela me donne l’occasion de parler également de « Monkey Journey to the West », vu au Châtelet avant-hier (dimanche 7 octobre).
Messiaen disait que dans l’histoire de l’opéra, à part quelques réussites qui se comptent sur les doigts des deux mains, le reste se partage en deux catégories : les opéras dont la musique est ratée, et ceux dont le livret est raté.
« Ariane et Barbe-Bleue » est une pièce où Maeterlinck reprend les héroïnes de ses pièces précédentes, y ajoute Barbe-Bleue, et convoque Ariane pour lutter contre ce Minotaure. Comme si Spielberg faisait « Indiana Jones contre les Dents de la Mer », avec E.T., Schindler et le soldat Ryan dans les rôles secondaires. Alien versus Predator. Spiderman contre les Fantastic Four.
Barbe Bleue, 1er acte - Quelle Clef Ouvrira La Première .
Maeterlinck prend un malin plaisir à situer l’action en-dehors de la scène : émeute des paysans, tentative avortée d’évasion par Ariane et ses compagnes. Ce qui reste d’action est impossible à mettre en scène : pluie de pierreries dans six chambres différentes, cave plongée dans l’obscurité totale, bris de portes et autres déprédations par Ariane-Hulk. Dans l’opéra, s’ajoute le décalage entre les qualificatifs dithyrambiques dont Maeterlick affuble les épouses de Barbe-Bleue, et la réalité des cantatrices.
Que pouvait donc faire d’un tel livret Anna Viebrok, le metteur en scène ? Beaucoup, si elle s’était inspirée de « Monkey Journey to the West », ou d’une mise en scène quelconque de Robert Carsen. Hélas, non.
Le seul moment où un brin d’action simple et réaliste pouvait être représenté, c’est la scène finale – mais le metteur en scène choisit de ne pas montrer ce que les personnages disent. D’ailleurs, d’un bout à l’autre de la mise en scène, les personnages s’évertuent à ne pas faire ce qu’ils disent : forces effusions dans le texte, personnages à cinq mètres les uns des autres sur scène – pratique de mise en scène devenue un cliché. Certes, le livret est passablement cucul-la-praline, mais ce n’est pas en faisant le contraire de ce qu’il dit qu’on va le rendre acceptable. Ni en posant un décor de bureau déglingué que l’on va inciter les spectateurs à rêver.
Les metteurs en scène s’imaginent sans doute que les spectateurs sont obtus, que sans ces artifices personne n’aurait compris, à la fin de l’opéra, que le courant ne passe pas entre Ariane et les autres épouses de Barbe-Bleue. Le seul mérite de la pièce de Maeterlinck est de nous le laisser deviner, là où Anna Viebrok nous l’assène, je devrais dire nous l’ascène, à grands coups de clichés.
En comparaison, Monkey Journey to the West était un enchantement. Mélant acrobates et spécialistes d’arts martiaux, le spectacle comprend de nombreux décors, ainsi que des dessins animés en transition entre les tableaux. De nombreux personnages descendent des cintres, le gaz carbonique n’est pas épargné, bref c’est une mise en scène rétrograde mais follement jouissive. On espère qu’un jour les Anna Viebrok de tout poil en auront assez de se faire siffler, et en prendront de la graine.
Et la musique, me direz-vous ?
Assez bonne chez Dukas, elle est vraiment quelconque dans « Monkey Journet to the West », malgré quelques instruments originaux (scie musicale…). Les chanteurs à Bastille sont irréprochables, et de plus très homogènes entre eux : Deborah Polaski en Ariane, Willard White en Barbe-Bleue au rôle ultra-court, Julia Juon en nourrice. L’orchestre sous la direction de Sylvain Cambreling joue bien mais massif.
On entend beaucoup la gamme par ton, qui rappelle que Dukas était un élève de Debussy. Toutefois l’utilisation de cette gamme est moins raffinée chez Dukas. Quand à l’orchestration, elle est épaisse et compacte, là où Debussy trouve d’exquises sonorités diaphanes.
La musique de Monkey Journey to the West ne vaut pas la peine qu’on en parle.
Décidément Messiaen avait raison.














Commentaires
1. Le mardi 9 octobre 2007 à 12:46, par jlf
2. Le mercredi 10 octobre 2007 à 02:39, par Jean-Armand
3. Le mercredi 17 octobre 2007 à 14:23, par RINALDI
4. Le jeudi 20 décembre 2007 à 18:21, par Jean-Armand
5. Le vendredi 21 décembre 2007 à 00:23, par jlf
6. Le vendredi 21 décembre 2007 à 23:10, par Jean-Armand
7. Le samedi 22 décembre 2007 à 00:47, par jlf
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