Il s’agissait d’une personne en butte à un destin plus fort qu’elle, et qui malgré tous ses efforts et ses cris, ne parvient à s’en sortir (ce n’est, heureusement, pas autobiographique !). L’image qui s’est imposée, c’est celle de quelqu’un au fond d’un trou, qui lève la tête et crie pour qu’on le sorte de là, mais qui n’est pas entendu. Le titre « Des profondeurs » est venu du « De profundis », parce que la situation psychologique est similaire, mais aussi de ce que la pièce utilise l’extrême grave de l’orchestre. L’autre source d’inspiration est Shakespeare, notamment Hamlet (Claudius le meurtrier tente de prier mais sa prière retombe, Hamlet se demande s’il faut lutter contre l’adversité ou se suicider, etc.) et Richard III (« Mon royaume pour un cheval ! »). Enfin, l’éditeur Myriad a proposé un concours sur le thème du Sonnet 73 de Shakespeare, pièce également très sombre ; j’y ai présenté « Des profondeurs », qui a obtenu le second prix.
Un des procédés utilisé plusieurs fois au cours de la pièce, est la superposition du premier fragment avec lui-même en valeurs très augmentées. L’intérêt de ce procédé est de disposer à la fois d’une mélodie très lente, adaptée au caractère sombre de la pièce, et de mélodies rapides qui donnent de la tension. Cela oblige aussi à construire des harmonies sortant un peu de l’ordinaire. Le langage harmonique est wagnérien, ou dérivé, disons César Franck. En revanche la pièce module assez peu, beaucoup moins que la musique de cette époque. Cela tient à la façon de l’écrire (suite de variations), mais aussi au thème psychologique (l’enfermement dans une situation sans issue), et enfin sans doute au goût actuel pour l’absence de modulation.
C’est actuellement la seule pièce pour orchestre terminée à mon actif. Elle m’a demandé 150 heures de travail, mise en page comprise. Elle m’a permis de m’améliorer sur : l’orchestration (mais encore beaucoup de progrès à faire !), le travail motivique (pour caricaturer, la pièce dure 8’ avec un seul motif de trois notes), la conduite des voix ; enfin elle m’a prouvé que, oui, on peut composer de la musique qui ressemble à quelque-chose avec simplement un ordinateur !''